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19/03/2014

Fort de Vaujours : peut-être un petit Tchernobyl à notre porte ?

Fort de Vaujours : peut-être un petit Tchernobyl à notre porte ?

 

 

De quoi s’agit-il :

Depuis 2010, le site de 45 hectares de l’ancien fort de Vaujours est la propriété de la société BP PLACO (Placoplâtre), filiale du groupe St-Gobain, et de la Communauté d'Agglomération de Marne et Chantereine.

Pourquoi tant de remue-ménage :

Cette ancienne fortification militaire a été utilisée de 1951 à 1997 par le Commissariat à l'énergie atomique (CEA) pour y développer les détonateurs des bombes atomiques de l'armée Française.

Pendant des années, le CEA a pratiqué sur le site des essais nucléaires dits sous-critiques (ou tirs “froids”). Ces tirs consistaient à l'explosion de bombes atomiques factices construites autour de sphères d'uranium 238. Ces tirs ont été réalisés à l'air libre aussi bien qu'en salles de tirs.

Cet ancien site expérimental se trouve ainsi fortement contaminé par des matières radioactives, pollué aux métaux lourds, chimiquement souillé et piégé par des obus non explosés depuis la seconde guerre mondiale.

Une contamination des sols en matières uranifères (Uranium 238 entre autres) a été confirmée en 2001 par la CRIIRAD (Commission de Recherche et d'Information Indépendante sur la Radioactivité), la SUBATECH et par le CEA lui-même qui a reconnu que certains ouvrages contaminés avaient été noyés dans le béton compte tenu de l’impossibilité de les décontaminer.

On découvre seulement maintenant la dangerosité du site :

Et bien non ! En effet, selon l'Agence Régionale de Santé d'Ile-de-France, dans le cadre de la signature du Contrat Local de Santé de la communauté d'agglomération : tandis que les taux sont de 36% pour les hommes et 26% pour les femmes en Seine et Marne, les taux de décès par tumeurs sont de 52% pour les hommes et 49% pour les femmes à Courtry.

De plus, en 2000, un médecin généraliste de Coubron, signalait dans la presse que les maladies thyroïdiennes sur le secteur avaient doublé en dix ans
.

Quels sont les projets :

Placoplâtre souhaite détruire le fort et extraire des millions de m3 de terres potentiellement contaminées afin d'y ouvrir une carrière de gypse (pierre à plâtre) à ciel ouvert. La Communauté d'Agglomération de Marne et Chantereine (CAMC), propriétaire de 11 hectares, souhaite y implanter une zone d'activité économique.

La CRIIRAD n’a pas procédé à une étude spécifique du projet de Placoplâtre mais elle a effectué une expertise sur ce site dans les années 2001-2002 à la demande des associations locales de protection de l’environnement.

C'est sur cette base, qu'en décembre 2012, la CRIIRAD a adressé aux membres de la Commission Locale de Concertation et de Surveillance associée au projet de carrière à ciel ouvert de Placoplâtre, une note rappelant les conclusions de l’étude de 2002. Dans cette note, la CRIIRAD a mis en garde sur la pollution résiduelle du fort de Vaujours sur les plans radiologiques, chimiques et des substances explosives.

Suites aux pressions et à la mobilisation de l'époque, les préfectures ont décidé, en date du 22 Septembre 2005, de frapper le site de servitudes; ainsi l’arrêté préfectoral précise que « Les terres issues de travaux de terrassement, construction ou modification du terrain doivent être stockées sur le site même ». 

État des lieux aujourd’hui :

Les nouveaux propriétaires minimisent les risques. Malgré des demandes répétées des associations locales, ils n'ont livré à ce jour aucune analyse, aucune étude liée à la dangerosité du site et affirment qu'ils n'ont rien trouvé d'alarmant.

Placoplâtre, pour réaliser son exploitation des sous-sols du fort, a besoin que les arrêtés préfectoraux de servitudes d'utilité publique qui frappent le site soient levées ou modifiées pour permettre une sortie des terres hors du site.

Le 04 avril 2013, à la demande des nouveaux propriétaires, les conseillers municipaux de la ville de Courtry ont voté à l'unanimité la révision du Plan Local d'Urbanisme afin de permettre la réalisation de ces projets. Tout est donc en marche pour ce qui pourrait être un des plus grands désastres sanitaires de l'Est Parisien, voire de la région parisienne.

De nombreuses associations s’insurgent des tentatives d’élus de minimiser la gravité de la situation, le silence absolu des services de l’État, le jusqu’au-boutisme de Placoplâtre et les vœux pieux de la Communauté d’Agglomération de Marne et Chantereine.

Dans le cadre d’un entretien ; Jérome JOLY, directeur adjoint de l’IRSN, apportait un éclairage sur la situation pour Futura-Sciences le 24/02/2014 :

«La population doit bien dissocier les risques que présente le site, à l’origine de l’arrêté de servitude, et les risques pour les riverains. Cette décision préfectorale a été prise afin de maîtriser les risques là où ils existent, c’est-à-dire sur zone, du fait des polluants qui peuvent subsister (uranium et résidus d’explosifs). En dehors de ce site, il n’y a à priori pas de danger, à moins que certains polluants soient mobiles. Ce qui n’est pas le cas de l’uranium dans un tel environnement.»

Et pour demain ? :

Cette affaire est l’exemple type des dossiers où experts des deux parties s’affrontent en exposant leurs chiffres, mais où les riverains perdent ainsi leur capacité de jugement par abondance d’argumentaires contradictoires.

La défense des populations doit être l’objectif primordial de toute décision. Le moindre risque doit entraîner automatiquement le principe de précaution et les études doivent être réalisées par des structures détachées de toutes pressions de la puissance publique ou du milieu industriel.

N’oublions pas également les personnels qui seront amenés à travailler sur site. Nous ne sommes loin d’un scandale similaire à celui de l’amiante.

Le profit financier, la création de nouveaux emplois ne doit pas se faire au mépris de la santé des hommes et des femmes travaillant ou vivant aux abords de ce site.

 

Pour en savoir plus :

-      www.change.org/fr/pétitions/préfectures-du-93-77-pour-la-vérité-sur-la-radioactivité-et-les-pollutions-du-fort-de-vaujours

-      http://www.futura-sciences.com/magazines/sante/infos/actu/d/medecine-fort-vaujours-decontamination-radioactive-effective-52351/

-      http://www.vaujours.fr/Mediatheque/Site-portail/Images/Actualites/FORT-DE-VAUJOURS/Communique-point-sur-la-situation-du-Fort-de-Vaujours-prefecture-de-Seine-et-Marne-7-fevrier-2014

-      http://www.leparisien.fr/espace-premium/paris-75/riverains-et-associations-exigent-la-verite-sur-le-fort-de-vaujours-09-02-2014-3573073.php

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