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19/07/2011

FRANCOIS BAYROU, PRESENT AU CONGRES DE L'ALLIANCE CENTRISTE, A L'INVITATION DE JEAN ARTHUIS

François Bayrou, présent au Congrès de l'Alliance Centriste, à l'invitation de Jean Arthuis, a affirmé que nous étions dans un pays en état d'urgence et que seule une majorité nouvelle pouvait répondre aux défis que nous devrons relever.


"Mes chers amis,


Je vais vous dire une première chose qui est très simple, c’est que ce moment est pour moi un moment infiniment précieux. Pas seulement politiquement mais humainement, infiniment précieux parce qu’il se trouve que ces retrouvailles, ce dialogue, qui s’est heureusement à nouveau instauré entre un grand nombre d’entre nous, ce dialogue a permis que se renforcent des liens humains, et ça compte beaucoup selon moi dans l’engagement politique, des liens humains qui viennent de loin ; et je peux dire à ceux qui sont dans cette tribune, ces liens sont profonds, anciens et n’ont jamais été perdus de vue

Car, au-delà des parcours différents, et dieu sait que parfois ils ont été très différents, au-delà des passions, et dieu sait que parfois les passions ont été brûlantes, nous n’avons jamais perdu de vue les uns et les autres. Je parle à Jean Arthuis, dont j‘ai constamment apprécié le travail au Sénat, à la Commission des Finances avec Jean-Jacques Jégou par exemple, et je parle à Pierre Méhaignerie car nous n’avons jamais ni l’un ni l’autre au travers du temps oublié que nous avions formé, disent les uns, et que nous formions, disent les autres, une famille d’esprit. Ces liens-là, pour moi infiniment précieux, pour Jean, pour Pierre, pour Jacqueline, pour Philippe Folio, pour Muguette, pour Michel, pour Yves, y compris jusqu’à Mayotte, et jusqu’au Morbihan, ces liens-là qui ne se sont jamais laissés affaiblir. Alors c’est très précieux, très émouvant pour moi de voir ces liens tout d’un coup apparaître publiquement dans un moment qui est un moment très important pour le pays. Nous formons une famille d’esprit et il est très important que nous arrivions à comprendre pourquoi nous sommes là, qu’est-ce qui nous réunit, ce n’est pas seulement une étiquette, et pas seulement le fait que nous pourrions avoir des enjeux électoraux. Si c’était cela, notre rencontre serait anecdotique, elle ne servirait pour moi à rien.

 Je veux partir de cette identité-là. Qu’est-ce que c’est que cette famille politique à l’échelon français et européen ? C’est une famille politique qui a décidé que le seul moyen de faire bouger les peuples, spécialement dans les situations de crise, c’était de leur dire la vérité. Et ce n’est pas d’aujourd’hui ; un très grand philosophe du début du siècle dernier, Marc Sangnier, dont j’ai assisté avant hier aux obsèques du fils Jean Sangnier, et j’étais très heureux d’y être au nom de notre famille politique, et qui est resté avec nous jusqu’au dernier jour de sa vie –Eh bien Marc Sangnier, le Sillon, avait une phrase dont j’ai toujours trouvé qu’elle devait être la maxime même de l’engagement politique, de notre engagement à nous : « La démocratie c’est l’organisation sociale qui porte à son maximum la conscience et la responsabilité du citoyen ».

Alors, ceci est un idéal politique en temps ordinaire mais aujourd’hui c’est une question de vie ou de mort, car dans l’État de la France il ne peut pas y avoir de redressement si le peuple Français n’adhère pas à ce redressement-là. Aucune question ne peut trouver sa réponse si les citoyens ne comprennent pas l’enjeu et ne prennent pas eux-mêmes la responsabilité de soutenir ceux qui proposent de diriger le pays vers son redressement et sa reconstruction. Pardonnez-moi de le dire, ceci n’a pas été autre chose que le choix du Général de Gaulle en matière de politique intérieure, autre probablement a été son attitude sur d’autres sujets, algérien par exemple. Et c’est pour cela que ça a fait de si brûlants affrontements. Et ça n’a pas été autre chose que l’attitude de Pierre Mendès France. J’ai eu un petit affrontement chez Ruquier avec un des chroniqueurs, car il disait que Mendès France n’avait jamais rien fait dans sa vie. Enfantin ! Mendès France a fait quelque chose dans sa vie, en se trompant sur des sujets, il s’est trompé sur l’Europe par exemple, mais il a fait quelque chose d’infiniment précieux, il a convaincu les citoyens qu’il était possible d’avoir une politique à partir de la vérité. Qu’on pouvait expliquer, qu’on pouvait avoir une démarche pédagogique au sens civique du terme.

Nous sommes la force politique qui considère qu’on ne peut pas sortir le pays de difficultés qui sont les siennes, sans partir de la vérité. La vérité aujourd’hui oblige à dire que nous sommes un pays en état d’urgence. Je ne veux prendre qu’un seul chiffre au mois d’avril 2011, dernière statistique en date, le déficit du commerce extérieur de la France, l’hémorragie, ce qui s’en va de notre pays mois après mois, a été de 7,5 milliards d’euros. 7,5 milliards, pour ceux qui considèrent que le calcul mental n’est pas essentiel -ce n’est pas mon cas - 7,5 milliards, c’est sept mille millions d’euros, en un mois. Et quand on regarde les statistiques du commerce extérieur sur la période depuis 2007, en 2007 c’était déjà 20 milliards puis 40 milliards en 2009, et en 2010 on est passé à 60 milliards, soixante mille millions d’euros ! Un pays qui est soumis à une telle hémorragie ne peut pas soutenir son modèle social, ne peut pas réaliser l’intégration des jeunes, ne peut pas offrir à l’éducation les débouchés qu’elle mérite, ce pays-là ne peut pas être indépendant. Ce pays-là pour vivre, pour continuer à faire semblant, il emprunte, jusqu’au jour où la dette devient tellement écrasante qu’elle menace sa survie.

Beaucoup de mes amis me demandaient pourquoi en 2007 j’ai fait une campagne très axée sur le déficit et la dette du pays. Eh bien qu’ils regardent la Grèce, qu’ils regardent le Portugal, qu’ils regardent l’Irlande, qu’ils regardent la contagion à laquelle nous sommes aujourd’hui exposés et dont la France n’est pas à l’abri. Le discours officiel, c’est que nous nous en tirons mieux que les autres. Eh bien, essayez de vous représenter ce que voudrait dire pour un pays qui a un stock de mille sept cents milliards de dette, imaginez ce que cela voudrait dire qu’une augmentation des taux d’intérêts. Nous arrivons tant bien que mal à nous en sortir parce que les taux d’intérêts sont historiquement les plus bas que l’on ait connu depuis 50 ans ! On emprunte entre 3 et 4 pour cent, imaginez-vous qu’ils augmentent d’un point, deux points ou trois points, et ce n’est pas beaucoup dans l’histoire, cela veut dire qu’aujourd’hui la charge de la dette représente plus que la totalité des rentrées de l’impôt sur le revenu du pays, et demain cela représentera le double. C’est-à-dire que cela devient insupportable, et quand cela devient insupportable, cela veut dire que le crédit du pays disparaît, tout cela c’est l’état d’urgence auquel nous sommes soumis.

Alors, je vous conjure de considérer que cette question-là est la question centrale. En vérité, je ne vois pas de sujet qui soit sujet plus grave pour un pays que celui auquel nous sommes confrontés. Et quand je regarde – on en a eu bien des exemples ce matin – quand je regarde les réponses qu’il convient d’apporter à ce sujet, alors je suis saisi par une certitude : aucune des deux majorités traditionnelles n’est capable d’apporter les réponses aux questions cruciales du pays. Ni la majorité actuelle ni la majorité d’union de la gauche classique, aucune des deux ne peut poser les questions qui ont été posées à la tribune, et aucune des deux, si je fais le bilan de ce que la situation du pays exige : produire en France, retrouver l’éducation qui est à la hauteur de notre histoire ; le pays a perdu ces dernières années dix rangs dans les classements internationaux, se retrouvant bien au-delà de la vingtième place, pour un pays qui avait la meilleure éducation du monde ! Et vous pouvez prendre à tous les bouts de l’échelle : les enfants qui sortent de l’école, et puis ensuite, à l’autre bout, le nombre de doctorats, par exemple. Les questions de l’éducation, les questions du traitement de la dépense publique et de l’équilibre à retrouver de la dépense publique, la question cruciale de l’Europe, Sylvie, pour lequel aujourd’hui en France je ne vois pas de réponse lisible.

Je suis obligé de dire que j’essaye de suivre tant bien que mal l’actualité de mon pays, y compris en en parlant, parfois, avec, comme on a l’habitude de le dire, les plus hautes autorités de l’Etat. Je ne vois pas quelle est la stratégie européenne de la France ; et je ne vois pas que l’Europe est une stratégie. Or, la question de produire – industrie, agriculture, services – tout à l’heure, on dénigrait les services – faut rien dénigrer, faut tout prendre ! Agriculture, agroalimentaire, industrie, services : produire en France ; cette question, elle est, naturellement, infiniment perturbée, par exemple, par les monnaies, le taux, la guerre des monnaies à laquelle la Chine nous expose. Personne ne peut demander à la Chine de payer les même salaires que la France, mais en tout cas tout le monde devrait exiger de la Chine qu’ils aient une monnaie qui soit dans les mêmes conditions de fixation de son taux que toutes les autres monnaies de la planète. La monnaie chinoise est artificiellement, politiquement, stratégiquement, sous-évaluée ; et personne ne dit rien. Et l’Europe ne dit rien. Et on laisse ainsi se bâtir une espèce de scénario de libre-échange qui est en réalité une falsification, parce qu’il n’y a pas d’échanges loyaux, parce qu’il n’y a pas de concurrence loyale, ne serait-ce que pour la question des monnaies.

Ça ne peut se résoudre que si l’Europe parle d’une seule voix. Elle ne parle plus du tout, ni d’une seule ni de plusieurs voix. Moi en tout cas, malgré le – Sylvie me jette des regards noirs, elle dit : mais nous, les députés européens, on travaille beaucoup ! – Oui, certes, beaucoup, énormément. Magnifiquement. Mais Sylvie, les citoyens ne savent pas ce que vous faites. Les citoyens ne savent pas ce qui se passe, ce sont des institutions trop compliquées, dans lesquelles la conscience civique ne peut pas s’établir. C’est ça la vérité. Et donc, la question européenne, cette question-là, elle ne peut pas être résolue par les deux majorités habituelles, qui sont absolument coupées sur ce sujet. Par exemple, on est en train de faire vivre aux pays, extrême droite et extrême gauche confondues, autour d’un leurre, qui est qu’on pourrait démondialiser. Eh bien, la démondialisation est un mensonge, et cette démondialisation conduirait dans le mur. On ne rebâtira pas des frontières dans un pays où un travailleur sur quatre travaille pour l’exportation ; ce serait un mensonge. En revanche, la question de savoir pourquoi la France, la France, pas le reste de l’Europe, est dans la situation dans laquelle nous nous trouvons : ça, c’est une question d’urgence nationale.

Je veux vous dire ceci : nous sommes déficitaires, nous France, dans nos échanges, non pas seulement avec la Chine, non pas seulement avec l’Inde : nous sommes déficitaires avec tous les pays de la zone euro sauf la Grèce. On a la même monnaie, par exemple, que l’Allemagne ; on a le même modèle social, à peu près – Tout à l’heure, notre ami d’Alternative Libérale, je ne sais pas où il est, qui s’est exprimé, où est-il ? Voilà, au fond. Il a dit : Mais pas du tout, les Allemands ont des dépenses sociales infiniment moindres que les nôtres. En apparence ! Mais comme le système de retraite est un système privé... Alors, évidemment, vous déplacez des sommes artificiellement, et comme le disait Jo Kerguéris, il faut consolider l’ensemble du modèle social. De même qu’on me dit : Les Britanniques ont des dépenses publiques infiniment moindres – Oui, l’éducation est privée. Alors, toutes les familles sont obligées, 80 pour cent d’entre elles, d’aller gager l’héritage des grands-parents pour payer les public schools qui sont artificiellement publiques, et en réalité privées, pour leurs enfants. Il faudrait consolider toutes ces choses.

Moi, je parle comme ça, avec mes yeux : l’Allemagne a à peu près le même modèle social que le nôtre, a peu près. Ils ont fait des choix que nous n’avons pas faits. Mais grosso modo, il n’y a pas plus de pauvreté de l’autre côté du Rhin que de ce côté-ci. La même monnaie, le même modèle social, et voilà qu’eux, ils sont en prospérité et en bénéfice sur tout l’ensemble de la production, et que nous sommes en déficit sur l’ensemble de la production.

Et enfin, dernier point, auquel on ne peut pas apporter de réponse camp contre camp, ce camp-là contre l’autre camp, c’est les institutions, la démocratie, la manière dont elles fonctionnent, et qui est à pleurer en France. La situation du Parlement, le fait que Pierre Méhaignerie –je dis ça avec amitié, il a défendu de très bonnes idées, mais il a été obligé par la discipline qui lie la majorité au Président de la République, de voter dans le sens qu’on lui a été imposé ! Chaque fois, allez, 99 pour cent. Et je dis pas ça méchamment. C’est le système qui est comme ça ! Quand vous avez un Parlement élu au scrutin majoritaire, qui dépend directement du Président de la République, qui donne les investitures, il n’y a aucune liberté, même pour la majorité ! Alors, je ne vous parle pas de l’opposition, y compris des oppositions minoritaires que nous formons.

Eh bien, si vous voulez changer le rapport politique, avoir un Parlement digne de ce nom, et je le dis, tant pis si je dois me faire mal voir, avec tous les courants politiques du pays représentés dans le Parlement, même ceux qui ne nous plaisent pas, moi je suis d’accord pour que soient représentées y compris l’extrême droite et l’extrême gauche ; après tout, ils sont au Parlement européen, et ça empêche pas de vivre. Je suis pour qu’on ait des institutions qui soient des institutions de vérité et de pluralisme, dans lesquelles le citoyen puisse retrouver un peu de lui-même, un peu de sa force. Eh bien, toutes ces choses-là, elles n’interviendront que si ce projet, qui est un projet de courage et de vérité, trouve sa majorité. Et sa majorité, c’est une majorité nouvelle, qui n’est aucune des deux qui sont pour l’instant proposées aux Français. Et l’élection présidentielle, mes amis, ça sert à ça. Ça ne sert pas à faire joli, ça ne sert pas à présenter des styles ou des attitudes dans un pays qui est dans la situation où nous sommes. La majorité présidentielle, elle sert à défendre un projet que personne ne défendra, et à proposer une majorité que, si nous n’existons pas, personne n’imposera

Voilà le fond de la question qui se pose à nous, et voilà pourquoi le dialogue renoué dans cette famille politique, dans cette grande famille politique, qui s’est, au travers du temps, dispersée, pour des raisons absolument naturelles, et sur lesquelles il n’y a pas à jeter l’opprobre – nous nous sommes dispersés parce que, dans une vie politique bipolaire, le centre a plus de difficultés que les autres. Eh bien, il est temps qu’il se ressaisisse, qu’il se regroupe et qu’il présente au pays le seul chemin pour en sortir. Voilà pourquoi j’étais heureux de cette rencontre. Et voilà pourquoi je trouve que ceci augure d’un autre avenir, pas pour nous, pour la France, et c’est la seule chose qui compte.

Merci beaucoup."

15/07/2011

LA CRISE ATTEINT LA VIE QUOTIDIENNE DES FRANCAIS

Communiqué de presse de l'Alliance centriste
La crise s'accentue et touche la vie quotidienne des Français : moins d'un sur deux partira en vacances

Cet été, moins d'un Français sur deux partira en vacances. Les causes ? La crise, le manque de moyens et la nécessité de faire des économies.

Ce chiffre doit nous alarmer : si la dégradation se poursuit, combien ne partiront pas en vacances en 2012 ?

Alors que la situation économique et sociale de la France est déjà plus que préoccupante, le risque de contamination menace : la situation de la Grèce est dramatique, celle de l'Espagne, du Portugal et de l'Italie critique.

Notre dette ne cesse de s'alourdir et hypothèque notre avenir et celui de nos enfants. Pourtant, à gauche comme à droite, les politiques se voilent la face et dissimulent la gravité de l'état de nos finances.

Nous ne pouvons pas continuer à faire la politique de l'autruche ; ne pas affronter la réalité en face, c'est prendre le risque de nous retrouver dans la situation de la Grèce. Voulons-nous voir un jour le FMI gérer les affaires de notre pays et nous imposer ses conditions ?

Nous pouvons encore prendre les choses en main. Mais pour combien de temps ? Cet été, ce sont les vacances qui vont être sacrifiées. Que faudra-t-il sacrifier dans les prochains mois ? A quand l'explosion de l'euro ? A quand la mise sous tutelle financière de notre pays ?

Je suis convaincu que les Français sont prêts à entendre un discours de vérité. J'attends du Président de la République, du gouvernement et de l'ensemble des responsables politiques qu'ils rompent avec les tabous, les discours convenus et tout déni de réalité. Bref, qu'ils soient pédagogues et qu'ils posent les vraies réformes.
Nous n'avons plus le temps d'hésiter.

Jean ARTHUIS, Président

14/07/2011

CONVENTION NATIONAL DE L'ALLIANCE CENTRISTE

Samedi 2 Juillet, l'Alliance centriste tenait congrès à Angers (Maine-et-Loire). Le mouvement de Jean Arthuis a voulu réunir toutes les mouvances du centre existantes afin de rassembler.

Francois Bayrou Président du MoDem était présent.

 

 

Communiqué de presse de l'Alliance Centriste à l'issue de sa convention nationale du 2 juillet à Angers

L'Alliance centriste, présidée par Jean ARTHUIS, réunie en convention nationale ce jour à Angers, s'est prononcée pour le report de son adhésion à la Confédération des Centres lancée par J. L. Borloo. Pour Jean Arthuis, l'adhésion à la confédération est liée à trois conditions, l'indépendance, le positionnement au centre et l'ouverture à tous les centristes, qui ne sont pas réunies pour le moment.

 

 

Discours de Jean ARTHUIS à la Convention nationale du 2 juillet
 

ANGERS – 2 juillet 2011

CONVENTION DE L’ALLIANCE CENTRISTE

La Ve République fait de l’élection présidentielle une redoutable épreuve pour la famille centriste. A l’exception de Valéry Giscard D’Estaing, son candidat est à la peine pour se hisser au second tour. Et lorsqu’il y parvient, tel Alain Poher en 1969, la confrontation avec le candidat de droite ne lui offre pas l’appui des voix de gauche. Avec le raccourcissement à cinq ans du mandat présidentiel, nous l’avons vécu en 2002 puis en 2007, l’épreuve a pris l’allure d’une véritable centrifugeuse, comme si nous étions voués à la dispersion, voire à la disparition. Et pourtant, nos idées n’ont peut être jamais été si adaptées à la situation que traverse notre pays désormais confronté aux défis de la mondialisation.

Si nous sommes réunis aujourd’hui à Angers, c’est que nous entendons enrayer cette malédiction institutionnelle. C’est peu dire que de rappeler combien nous avons été malheureux de constater, au début du printemps 2008, la confusion entre indépendance et isolement. Notre premier appel au rassemblement date de juin 2008 ! Depuis lors, nous n’avons cessé de nous engager, de nous mobiliser pour refonder notre mouvement sur ses valeurs de solidarité sociale et de liberté, prônant le dialogue entre les militants et les élus des différentes composantes dispersées par les querelles d’égo, les calculs à court terme, les cultures et traditions locales. Il y a urgence à revenir aux fondamentaux et aux évidences.

L’Europe et la France restent en crise profonde. Crise des dettes souveraines de la Grèce, de l’Irlande, du Portugal dans une Union européenne en proie au doute, menacée par l’implosion. En effet, par voie de contagion, le risque systémique met en danger les banques et le financement de l’économie. Crise de nos finances publiques lourdement hypothéquées par nos déficits chroniques et crise de notre modèle social que nous n’avons pas eu le courage d’adapter aux enjeux de la compétitivité. Nous doutons de nos capacités à retrouver la croissance sans laquelle le chômage ne peut rester qu’à un niveau élevé, financièrement insupportable dans la durée, socialement et humainement inacceptable. Face aux défis de la mondialisation, la gouvernance publique s’abandonne à l’illusionnisme, au déni de réalité, à la communication qui fait de l’annonce le substitut de l’action. Cette pratique conduit fatalement à de trop fréquents affichages de l’impuissance publique !

La Gauche et la Droite continuent à ferrailler sur des partitions archaïques, chérissant des tabous anachroniques, endettant les institutions publiques pour perpétuer les inégalités, ajournant ou renonçant aux vraies réformes pour espérer occuper le pouvoir au risque de ne plus l’exercer faute de vision réaliste. L’exigence éthique elle-même semble avoir pris ses distances avec l’action publique. Le cynisme et l’inconséquence ont montré toutes leurs limites, plongeant les citoyens dans un profond désenchantement par rapport à la politique. La tentation devient forte pour les électeurs de se tourner vers l’offre extrémiste, celle de Marine Le Pen ou de Jean-Luc Mélanchon dont les propos sont en résonnance avec ce qu’ils subissent et ressentent. Funeste orientation vers des impasses absolues : rejet de l’euro et de l’Europe, négation de la globalisation, repli sur soi, amalgame entre immigration et insécurité, nostalgie de l’Etat providence, refus de la mondialisation, retour en arrière. C’est dans ces conditions qu’une partie de l’UMP tente de courir derrière le Front national alors que le PS va appeler à gauchir ses propositions. L’espace central ne peut demeurer en jachère, inoccupé pour cause de division au centre.

A dix mois de l’élection présidentielle, échéance cruciale dans notre vie nationale, les centristes ont le devoir d’assumer leur mission, d’occuper la place qui leur revient sur l’échiquier politique et de faire émerger, par leurs propositions, les grandes lignes des réformes qui nous attendent. Réformes qui ne peuvent plus attendre et dont la mise en œuvre ne peut s’accomplir en opposant un camp contre l’autre. A l’heure de la mondialisation, nos querelles rituelles et claniques sont devenues mortifères.

Signe encourageant et prometteur, le rassemblement centriste est apparemment enclenché mais nous devons prendre quelques précautions pour en faire une alternative crédible. Nous devrions nous en réjouir car nous n’avons eu de cesse, depuis 2008, d’appeler au rassemblement. Si l’élection présidentielle est bien la rencontre du candidat avec le peuple français, il importe que le candidat exprime une vision lucide et soit porteur d’un projet d’action inspirant la confiance en notre avenir. Pédagogue, le candidat doit en outre se porter garant d’une gouvernance impartiale, conforme à l’éthique inspirée par les valeurs dont nous sommes porteurs, a l’abri des conflits d’intérêts et du mélange des genres.

La vision, c’est la prise en compte de la mondialisation soudainement accélérée par les moyens modernes de transport et de communication numérisée. Quelle politique énergétique au lendemain de la catastrophe de Fukushima ? Quel rôle des Etats et quelle régulation mondiale en matière de sûreté nucléaire ? Quelle régulation des marchés financiers, quelle surveillance prudentielle des banques et des assurances, à quel niveau ? Etats, Union européenne, G20 ou FMI? Quels moyens développer contre les « paradis fiscaux », ces « trous noirs » de l’économie, complices des pires turpitudes, et quelle réponse face à l’optimisation fiscale des grands groupes internationaux tels Google ou Microsoft ? Comment réagir face à la volatilité de la matière imposable ? Comment prévenir les délocalisations d’activités et d’emplois ? Toutes ces questions appellent des réponses concrètes. Il n’y a plus place pour les propos anesthésiants ou les gesticulations de circonstance.

La vision lucide, c’est de considérer que la gouvernance politique du monde reste largement virtuelle. En tout état de cause, n’attendons pas du Monde qu’il règle nos problèmes à notre place. Si les sommets des chefs d’Etat ou de gouvernement sont des événements médiatiques, les annonces promettent des mesures dont la concrétisation s’inscrit à l’horizon et s’éloigne comme lui. En tout état de cause, le poids de la France seule ne saurait suffire à faire bouger les lignes. Nous ne pouvons peser qu’à l’échelon européen, dans le cadre d’une gouvernance commune digne de ce nom. Mais pour être entendue par ses partenaires, la France doit être exemplaire et afficher une réussite incontestable dans la résolution des problèmes auxquels sont confrontés nos concitoyens. C’est peu dire que nous avons d’immenses marges de progression et que c’est précisément sur ce terrain que nous sommes attendus. Cessons de nous payer de mots et commençons donc par nous rassembler, au centre, pour mettre nos idées au clair et articuler notre projet. Il n’y place ni pour le ressentiment ni pour l’antisarkozysme. Commençons donc par démontrer que nous sommes capables de concevoir un projet original, à la mesure des difficultés que nous devons surmonter et des dérives qui hypothèquent notre avenir. Pour cela, nous devons rompre avec les discours faussement rassurants et prendre en compte la réalité, sortir du jeu stérile où s’est malheureusement cantonné la politique et l’art de gouverner.

Deux impératifs s’imposent à nous : rétablir la compétitivité pour gager notre attachement à la solidarité sociale, et assainir nos finances publiques en actionnant un frein puissant à l’endettement. Notre souveraineté, notre indépendance nationale, la solidarité intergénérationnelle sont en cause. Les pays qui s’endettent se mettent dans la main de leurs créanciers. Il ne suffit pas d’inscrire une hypothétique règle d’or dans la Constitution pour dissiper le doute. La loi de finances rectificative que vient de voter le Parlement est-elle en phase avec l’ambition affichée ? A l’évidence, non. En ce qui nous concerne, l’exercice n’est crédible que si nous parvenons à démontrer que nous avons identifié les sources d’économies dans les dépenses publiques. L’exercice n’est crédible que si nous démontrons la faisabilité de nos propositions pour rétablir la compétitivité, notamment en réformant notre système fiscal et l’ensemble de nos prélèvements obligatoires pour les rendre lisibles, compréhensibles, stables, prévisibles et justes. Allons-nous continuer à taxer le travail et la production pour privilégier la consommation de produits et de services venus d’Europe centrale, d’Asie ou d’ailleurs ? Si nous entendons faire disparaître les déficits et organiser le reflux de nos dettes, l’exercice n’est crédible que si nous annonçons que la hausse des prélèvements obligatoires est inéluctable, pour l’essentiel par la suppression des coûteuses niches fiscales. Puisque nous n’échapperons pas au consentement d’un effort collectif, celui-ci devra être équitablement réparti et chacun devra contribuer à la mesure de ses capacités contributives. Les plus fortunés payeront plus, c’est la règle. A l’inverse, la solidarité ne doit en aucune façon dériver vers un assistanat laxiste.

L’excès d’habilité politique, celle qui mène au pouvoir, a conduit la France dans l’impasse où nous sommes, c'est-à-dire au bord du chaos. Je me permets de vous recommander mon dernier livre « SOS Finances publiques – Osons les vraies réformes ». Il contient des pistes de redressement adaptées à notre situation, c’est ma contribution au débat que je crois incontournable. Notre feuille de route centriste est clairement balisée, par la lucidité et le courage. Le projet dont nous avons arrêté les grandes lignes, auquel vous avez collaboré par vos propositions d’amendements, par vos suggestions et vos critiques, projet qui n’est pas totalement abouti. Je suis bien conscient de la nécessité de l’améliorer encore. Il reste un « projet martyre ». Mais c’est déjà notre projet et nous sommes prêts à en discuter avec nos partenaires centristes, dès que le rassemblement se sera opéré!

Pouvons-nous rassembler sur un tel impératif ? Je veux vous faire partager ma conviction que c’est notre raison d’être, notre valeur ajoutée spécifique, le sens de notre engagement.

Quelle est la situation au centre ? Elle bouge, une confédération vient de se constituer, réunissant le Nouveau Centre, le parti Radical et la Gauche Moderne. Nous avons participé à l’étude de sa fondation et avons posé trois conditions à notre adhésion :

- La confédération doit être indépendante de tout autre parti. Aucune ambiguïté ne peut subsister sur ce point, c’est une question de crédibilité ;

- Le positionnement politique est délimité par nos valeurs et milite pour un saut qualitatif de l’Europe. La gouvernance actuelle a montré toutes ses limites face à la crise. Il est temps de jeter les bases du fédéralisme si nous entendons éviter l’implosion de l’euro et de l’Union européenne ;

- L’ouverture à tous les centristes ne supporte aucune exclusive. Elle ne signifie pas pour autant qu’un bonapartiste en délicatesse avec son propre parti ou avec le Président de la République puisse se recycler chez nous.

C’est trois conditions sont-elles remplies aujourd’hui ? Vous me permettrez d’en douter. Si le parti Radical a fait le choix de sortir de l’UMP, il faudra attendre le mois d’octobre, la rentrée parlementaire, pour compter le nombre de ses députés et sénateurs ayant concrétisé cette option. Quant au positionnement politique, il exclut que l’on puisse présenter notre candidat à l’élection présidentielle en proclamant avant le premier tour vers quel autre candidat irait notre ralliement si le notre n’était pas qualifié pour le second tour. Enfin, pour satisfaire à l’ouverture, nous avons besoin de prévoir la présence de François Bayrou et du Modem. Les premiers pas de la confédération, dénommée Alliance, constitue une vraie reconnaissance pour l’Alliance Centriste et une vraie confusion qu’il convient de dissiper, oui, ces premiers pas sont sans doute prometteurs. Mais rappelez sans cesse autour de vous que la « Vraie Alliance », c’est nous !

Observant, avec toute la bienveillance requise, les modes de communication de la toute nouvelle Confédération, vous m’autoriserez toutefois à m’interroger sur la sincérité de tel thuriféraire de Nicolas Sarkozy promptement reconverti à chanter les louanges de Jean-Louis Borloo. De même, à moins de trois mois du scrutin sénatorial, je constate que la Confédération semble encourager des candidatures contre des sénateurs sortants membres du groupe de l’Union Centriste. Etrange signal alors que ce groupe symbolise précisément le regroupement des centristes. Tout cela pour vous dire que nous devons confirmer notre volonté de rassembler les centristes et laisser passer l’été pour qu’aboutisse la convergence générale. D’ici là, je vous encourage, dans les départements à conforter la dialogue et le travail en commun avec tous les élus et militants centristes. Les édifices durables, sont ceux dont les fondations sont solides. L’étude, la mise en forme, l’écriture, les arbitrages de notre projet sont essentiels pour les échéances à venir. Nous y sommes prêts puisqu’en ce qui nous concerne, les grandes orientations de notre projet sont déjà sur table. Nous testerons ainsi la gouvernance qui nous a tant fait défaut jusqu’à maintenant. L’heure viendra alors de choisir dans nos rangs centristes, celle ou celui qui nous paraîtra le plus apte à porter le projet devant les Français lors de l’élection présidentielle. Mais soyons bien conscients que le crédit de notre candidat dépendra de l’esprit d’équipe, de confiance, de conviction et d’enthousiasme qui nous animera tous. Ce sera la fin des querelles d’égo, des rumeurs, des calculs et des vaines gesticulations. Le pire serait de faire du premier tour de l’élection présidentielle une primaire dans la majorité ! Telle ne peut être notre démarche.

Si nous entrons en campagne, c’est parce que nous entendons résoudre les problèmes des Français. C’est la fin de l’anesthésie collective. Pour qu’il en soit ainsi, il faudra sortir des sentiers battus et oser. Oser réformer, oser rompre avec les tabous de la République, oser sortir des inégalités, oser sortir des propos clivant, oser tordre le cou aux dénis de réalité, oser secouer les conservatismes et les attentes catégorielles, oser privilégier l’intérêt général.

Alors oui, osons conclure un « pacte de confiance » avec les Français et faisons de la préparation de l’élection présidentielle l’activateur de notre rassemblement. Nous aurons ainsi clos le néfaste enchaînement des échéances passées et démontré que si l’élection présidentielle est désormais prometteuse pour la famille centriste, le centre et les centristes sont prêts à sortir la France des sentiers battus. Oui nous sommes prêts à remettre la politique au service de tous les Français.